Dernière version du 17.05.2007 20h02
Sommaire
1 Institutionnalisation du marché
1.1 Les formes primitives de l'échange et leur survivance
1.2 L'analyse libérale
1.2.1 Conclusion
1.3 L'approche institutionnaliste
1.4 Marché et capitalisme
2 Mécanismes, limites échecs du marché
2.1 Analyse libérale du marché
2.1.1 Les postulats de l'analyse libérale
2.1.2 Les hypothèses de la CPP
2.2 La loi de l'offre et de la demande
2.2.1 Notion d'offre
2.2.2 Notion de demande
2.2.3 L'équilibre du marché
2.3 Rôles et fonctions du marché dans la théorie néoclassique
2.4 Les limites du marché
2.4.1 La concurrence imparfaire
2.4.2 Les stratégies des firmes
2.4.2.1 Stratégie de concentration
2.4.2.2 Stratégie commerciale
2.4.2.3 Stratégie de développement
2.4.3 Présentation et stratégie des PME
2.5 Les échecs du marché
« Tout s'achète, tout se vend. »
Au sens historique, selon F. Braudel, le marché élémentaire est un simple lieu d'échange.
Au sens économique, le marché est un lieu d'échanges marchands, c'est-à-dire un lieu où se confrontent offreurs et demandeurs à partir duquel sont censés naître prix et niveaux de transaction, d'équilibre. Si les échanges semblent universels, les échanges marchands ne le sont pas.
[modifier (
modifier-248-section-1.cours)]Institutionnalisation du marché
Le marché est-il un ordre naturel ou une construction sociale ?
- Selon les libéraux, le marché est un ordre naturel → les humains ont un penchant inné à l'échange.
- Selon les institutionnalistes, le marché n'a pas toujours existé, il est le fruit d'un processus historique qui a entraîné son institutionnalisation.


[modifier (
modifier-248-section-2.cours)]Les formes primitives de l'échange et leur survivance
Marcel Mauss (1873-1950) - Essai sur le don (1924)
Les peuples archaïques ou primitifs nouent des relations d'échange avec leurs voisins, parfois selon des modalités très raffinées, et sur de longues distances.
Ces échanges ne répondent pas nécessairement à la logique du marché. En effet, les échangistes ne recherchent pas l'acquisition d'un objet utilitaire au meilleur prix, et sont bien conscients que les objets qu'ils troquent n'ont pas de valeur comptable équivalente. Il visent en fait, à travers ces échanges portant sur des objets symboliques, à travers des pratiques très codifiées, à établir ou à renforcer des liens sociaux. Il en est ainsi des formes d'échanges non-marchandes de la Kula (pratiquée par les habitants des îles Trobriand), dont le seul but est la relation social de don et contre-don.
À côté de cette forme d'échange douce (Kula), se trouve une forme d'échange dure : le Potlatch. Le don est caractérisé par trois obligations : donner, recevoir, rendre. Ces trois oblifations tissent entre les individus des liens de réciprocité qui fondent l'échange. Sans les exigences du don et du contre-don, les liens inter-personnels (familiaux et amicaux en particuliers) seraient réduits à des rapports utilitaires.
[modifier (
modifier-248-section-3.cours)]L'analyse libérale
Dans la tradition libérale, Adam Smith (1723-1790), dont l'ouvrage principal est De la recherche sur la nature et les causes de la richesse des Nations (
http://fr.wikisource.org/wiki/Recherche_sur_la_nature_et_les_causes_de_la_richesse_des_nations) (1776) considère le marche comme une institution naturelle efficace reposant sur 5 principes :
- L'individu est un être rationnel poussé par son intérêt personnel (= homo economicus).
- L'échange entre les humains est une fonction naturelle et s'exprime par le marché.
- La division du travail entre les membres de la société découle de cette disposition à échanger et procure une plus grande efficacité d'ensemble. « L'opulence naît de la division du travail. »
- Le marché récompense les plus efficaces. « La richesse récompense le travail, la pauvreté sanctionne la fainéantise. » (Calvin). La concurence fonctionne comme un principe sélectif qui oblige les entreprises à faire des efforts, sous peine de voir les consommateurs se détourner de leurs produits.
- La loi de l'offre et de la demande permettent la détermination simultanée des prix et des quantités. Le prix est le mécanisme régulateur qui conduit à un équilibre général. À cet équilibre, offreurs et demandeurs sont pleinement satisfaits.
⇒ Ces 5 principes débouchent de la loi des débouchés de J.-B. Say (1767-1832), Traité d'économie politique (1803) : « Les produits s'échangent contre des produits. » → théorie de l'offre : il suffit de produire, on aura toujours des acheteurs.
[modifier (
modifier-248-section-4.cours)]Conclusion
L'économie de marché est un processus de régulation automatique qui assure un maximum d'efficacité dans l'hypothèse de marchés concurrentiels. Toute intervention extérieure au marché est pertubartrice (État, institutions, associations). Les principes du laisser-faire et du libre-échange sont les fondements de la pensée libérale. En ce sens, l'économie de marché est un système économique auto-régulateur.
[modifier (
modifier-248-section-5.cours)]L'approche institutionnaliste
Karl Polany (1886-1964), La grande transformation (1944)
Selon elle, la notion de marché autorégulateur est utopique. En effet, livré à lui-même, le marché est un facteur d'instabilité économique et tend à détruire les liens sociaux. Il est en fait une construction institutionnelle de l'État qui a participé à sa création et à sa construction. Le marché s'est institué comme système auto-régulateur en traitant le travail, la terre et la monnaie comme des marchandises équivalentes. Or le travail, la terre et et la monnaie sont des marchandises fictives. ⇒ Donc le marché ne peut pas s'autoréguler.
Selon elle, l'économie de marché transforme toute chose en marchandise susceptible d'être vendue ou échangée. Le fait de réduire travail, terre, monnaie en marchandises ordinaires est une des causes de la dislocation des liens sociaux, des conflits en groupes et de la montée de l'individualisme. La logique de l'économie de marché est de s'étendre continuellement, y compris dans des sphères de la vie privée, jusqu'à présent à l'abri de toute rationalité économique. En effet, la vie, la mort, les organes humains, les gènes, sont devenus des enjeux économiques et industriels opposant des entreprises, des pays, animés par aucune autre considération que la recherche du profit. La recherche du profit et le réinvestissement systématique du profit sont les fondement du capitalisme.
[modifier (
modifier-248-section-6.cours)]Marché et capitalisme
Capitalisme signifie profit, accumulation du capital, destruction créatrice, marginalisation et exclusion.
- A → Monnaie → A'
- A' → A
Fernand Braudel (1902-1985), dans La dynamique du capitalisme (1985) a mis en évidence que l'échange préexiste largement au capital, que le commerce local développe des échanges stables entre partenaires relativement égaux avec une concurence qui assure que l'offre et la demande s'ajustent par les prix.
Dans le commerce internationnal, le profit et l'accumulation du capital deviennent des éléments clefs d'un capitalisme qui a besoin de capitaux croissants et d'entrepreneurs capables de mener l'aventure à grande échelle (= mondialisation).

Selon Alain Touraine (1925-?), les conséquences de l'étalblissement du marché sont contradictoires. D'un côté l'institution du marché est à l'origine des capitaux, des niveaux de vie, d'une plus grande mobilité sociale, et d'une intégration des individus dans la société. De l'autre côté, le marché entraîne la marginalisation et l'exclusion, ce dont témoigne actuellement la nouvelle pauvreté.
Ferdinand Tonnies (1855-1936), dans Communautés et sociétés (1887) distingue la communauté marquée par les relations de proximité, de solidarité, régie par des liens affectifs et de fidélité, et par la tradition de la société qui se caractérise par des comportements individualistes, utilitaires, propres à l'échange marchand.