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Dernière version du 23.08.2007 20h06
Au moment de mourir, le malade défait ses anneaux et les remet à ses héritiers s’ils sont auprès de lui. Le fils, s’il est présent, colle sa bouche sur celle de son père pour recueillir son dernier souffle, et lui ferme les yeux.
Aussitôt, on va au temple de Libitine, faire la déclaration de décès et prévenir les libitinaires, c’est-à-dire les entrepreneurs de pompes funèbres. Des esclaves libitinaires viennent préparer le corps : cela consiste à le laver avec des lotions d’eau chaude et à procéder à l’embaumement avec des aromates : myrrhe et casse. Pendant la préparation, on appelle souvent le mort à haute voix, comme pour s’assurer qu’il est bien mort. Le visage est arrangé par les « pollinctores », qui le maquillent avec du « pollen », nom qu’on donne à la fleur de farine. Si le défunt a le visage déformé par une mort violente, on lui fait un masque ressemblant à la physionomie qu’il avait de son vivant.
Ordinairement, le mort est exposé la face découverte, le corps enveloppé de linceuls blancs, mais habillé comme s’il vivait : par exemple, on peut l’habiller d’une toge pourpre ; s’il a sauvé un citoyen romain à la guerre, on lui met la couronne de chêne qu’il a méritée. On dispose le corps sur un lit élevé, enrichi d’ivoire, couvert de belles étoffes, et décoré de faisceaux. Le lit est placé dans l’atrium de la maison, les pieds du cadavre tournés vers la rue. Des tentures sombres (bleu marine très foncé) décorent les murs. Dans le vestibule, on a placé un petit autel où brûlent des parfums, et, du côté de la rue, un grand rameau de pesse ou de cyprès, signes adressés aux Grands Pontifes qu’ils devaient s’écarter de cette maison, parce qu’ils seraient souillés par la vue d’un mort. Le corps est exposé pendant sept jours, gardé par un serviteur. Le huitième jour, dès l’aurore, des hérauts vont dans les rues, annoncer les funérailles : « Untel est mort ; ceux auxquels il conviendrait de venir aux funérailles de ce quirite, viendront à telle adresse. »
Peu d’heures après cette proclamation, l’atrium se remplit de monde. Les hommes portent la paenula, manteau de voyage, et non la toge. Les femmes ont, sur leur tunique, un ricinium brun-roux ou bleu foncé : ce vêtement se compose de deux pièces carrées qui, jointes sur les épaules par un ou plusieurs boutons, tombent sur la poitrine et le dos.
Une praefica, chanteuse et pleureuse à gages, fournie par les libitinaires, récite, au son des flûtes et de la lyre, des « nénies », poèmes funèbres à la louange du défunt. Les chants terminés, un désignateur, autre employé, préposé à l’ordonnance des funérailles, donne le signal du départ. Le fils et trois parents du mort viennent enlever le lit mortuaire : ils ont revêtu la toge prétexte brune et ont la tête couverte. Le lit est porté sur l’épaule. Le convoi suit, portant des flambeaux de cire et des torches, bien qu’il fasse grand jour. Des licteurs marchent en tête, vêtus de bleu foncé. Puis des joueurs de trompette, et des chœurs exécutent une danse comique appelée « sicinne ». Vient alors la bande des affranchis du mort, portant le bonnet de liberté sur la tête et masqués à la ressemblance du mort ; un archimime ou chef de mimes, habillé et masqué à la ressemblance du défunt, imite celui-ci jusqu’aux côtés ridicules qu’il présentait dans sa vie. Dans le défilé apparaissent à ce moment les « imagines », bustes des ancêtres du mort.
Le corps du défunt suit immédiatement, puis d’autres lits funéraires chargés des insignes des magistratures qu’il a assumées durant sa vie.
Après le défunt, ce sont les parents et amis, en vêtements « gros bleu ». Les femmes ferment la marche, habits en désordre, cheveux épars, pleurant et criant beaucoup : d’abord, la mère du mort, la femme, les filles, enfin les servantes de la maison, toutes ces femmes étant dirigées par la praefica, qui leur donne le ton des pleurs et gémissements. Le convoi parcourt le Forum Romain, s’arrête au pied des rostres, le lit funèbre est placé sur la tribune-même, debout, bien visible de tous. Le fils prononce un discours : il rappelle l’origine de la famille, les actions illustres accomplies par le disparu.
Le cortège se dirige ensuite vers le Circus Maximus. Quand on est arrivé sur la Via Appia, un bûcher l’attend : c’est une très haute pile de bois de pesse ou d’ilex décoré de guirlandes et de rameaux de cyprès.
Avant que le lit ne soit placé sur le bûcher, la mère du mort vient lui ouvrir les yeux : ce serait un crime que de priver un mort de la vue du ciel ; elle lui remet ses anneaux puis lui introduit entre les dents un triens pour payer le passage au nautonier, lui donne un baiser sur les lèvres, enfin lui dit adieu, avec cette formule : « Adieu, adieu, nous te suivrons tous dans l’ordre que la nature nous assignera. »
Aussitôt les trompettes retentissent, le corps est porté sur le bûcher, auprès duquel on égorge le chevaux, les chiens et animaux favoris du défunt (perroquet, merle, rossignol...). On répand sur la terre, en forme de libation, deux grands vases de vin, deux coupes de lait, deux coupes de sang des victimes sacrifiées.
Les assistants font alors le tour du bûcher par la gauche et jettent sur ce bûcher des offrandes : parfum, encens, huile, vin. Les compagnons de guerre du mort jettent des récompenses militaires (couronnes…) gagnées par eux. Sur le bûcher sont aussi placés les animaux sacrifiés. Les femmes s’arrachent les cheveux par poignées et les jettent au bûcher ; elles se frappent la poitrine, se déchirent le visage, pour honorer les mânes, qui aiment le lait et le sang. Si la personnalité est un chef de guerre prestigieux, on peut alors assister à des combats d’hommes, du type des combats de gladiateurs, allant jusqu’à la mort ; parfois même on assiste au suicide de soldats vétérans, qui cherchent ainsi à rendre un dernier hommage à leur vénéré chef disparu.
Un brûleur, agent libitinaire, présente des torches enflammées au fils du mort et à quelques-uns de ses parents : ils mettent le feu sous le bûcher en détournant la vue. Les trompettes résonnent de nouveau avec des cris. Quand le corps est consumé, la mère et la femme rassemblent les ossements calcinés, qu’elles mettent dans leur « sinus ». Elles arrosent les ossements de vin vieux et de lait, les pressent dans des linges de lin, puis les enferment dans une urne d’airain avec des roses et des aromates.
Le fils du mort reçoit du désignateur un rameau de laurier, fait trois fois le tour de l’assemblée, l’asperge et lui dit : « Vous pouvez vous retirer ».
On reconduit alors en groupe l’image du mort dans sa maison, et on la place dans l’atrium, parmi les portraits des ancêtres.
Le lendemain, les parents apportent dans le tombeau familial l’urne contenant les cendres. Un festin a lieu au soir de cette journée.
Il reste à accomplir des rites de purification. C’est l’héritier qui y procède : il balaie la maison avec des branches de verveine. Cette cérémonie s’appelle « denicales », car elle intervient dix jours après les funérailles. Il allume alors du feu dans l’atrium, jette du soufre sur les charbons ardents. Suivi de toute la famille, il traverse plusieurs fois ces fumées sulfurées.
Toutes ces cérémonies funèbres coûtent fort cher. Parfois, les riches, sentant leur mort prochaine, règlent par anticipation, auprès des libitinaires, les frais de leurs obsèques.
Seuls les parents assistent à ce type de funérailles. Le lit funèbre est beaucoup moins richement décoré. Des joueurs de flûte marchent devant le convoi si le défunt était jeune ; si le défunt était plus âgé, sa dépouille est précédée par des joueurs de trompette. Le nombre maximum d’instrumentistes autorisés par une loi est de dix.
Les flambeaux sont présents à toutes les cérémonies funèbres, parce qu’ils remontent à une époque ancienne où toutes les funérailles devaient être faites de nuit, de peur que des magistrats ou des prêtres circulant dans les rues ne rencontrent des convois funèbres, cette rencontre étant considérée comme souillant le magistrat et l’auguste fonction qu’il remplit.
Le bûcher est de taille modeste. Les cendres sont recueillies dans une urne de terre cuite. Le tombeau où l’on ira les déposer est de taille modeste.
A Rome, les grands de ce monde méprisent les petits et les appellent : « mangeurs de pois frits et de noix ». Peu de temps après son décès, le corps de l’homme pauvre est placé sur une étroite litière : « lecticula », ou dans un coffre appelé «arca» ou « sandapila ». Une toge d’emprunt, de mauvaise qualité, revêt le corps du défunt : c’est souvent la première et la dernière fois que la personne disparue porte ce type de vêtement prestigieux de citoyen romain.
Des libitinaires courent se débarrasser du cadavre hors de la Porte Esquiline, à l’extérieur de l’enceinte de Rome, dans un champ où ont été construits plusieurs celliers en forme de citernes, appelés « puticuli » (petits puits) comportant des orifices circulaires dans la voûte et qu’on ferme avec une dalle. Chaque soir, un de ces celliers s’ouvre à tous les morts de la journée. Les vespillons (employés libitinaires) les y précipitent pêle-mêle. La plupart des corps n’ont pas de linceul.
Ces funérailles des pauvres se font à la chute du jour. Les vespillons, qui sont les croque-mort des pauvres, sont appelés les « dépouilleurs de cadavres » (« cadaverum nudatores ») : ils volent au mort son linceul avant de le jeter dans le puits ; ils lui dérobent même le triens d’airain qu’il tenait dans sa bouche.
Quand la mortalité est trop grande (par exemple à l’occasion d’une épidémie), les pauvres reçoivent l’honneur des bûchers, mais par tas. Le principe est de placer un corps de femme pour dix corps d’hommes, parce que les femmes renfermeraient un principe calorique et s’enflammeraient plus facilement.
Dernière mise à jour: le 23.08.2007 à 21:06 Licence: Libre de partager, modifier - Devoir de citer la source - Pas d'utilisation commerciale Daskoo.org, partage de cours