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1 Introduction 2 L'allégorie de la caverne 3 Une explication 4 Conclusion
Bonjour à toutes et à tous. Bon vous le savez peut-être, une introduction est généralement longue et ennuyante, mais là, nous allons faire plus bref, plus court, plus passionnant. Enfin c'est à moi de vous passionner. Peut-être connaissez vous un peu la philosophie ? C'est un alliage de deux mots grecs : philo qui veut dire aimer et sophia qui veut dire la sagesse. La petite anecdote c'est que c'est Pythagore qui a inventé ce mot dans un élan de modestie, car pour lui, les Dieux étaient la sagesse, par conséquent les Hommes ne pouvaient que l'aimer, tout au mieux. Mais ce mot n'a pas été pris sous ce sens, en effet, fini la mythologie, on aime la sagesse parce qu'on ne peut pas l'atteindre, le Vrai, le Beau, le Bon sont des valeurs que l'Homme ne peut que contempler. Cela va nous rappeler Einstein qui disait alors si clairement : [Le scientifique] ne sera jamais en état de comparer sa représentation avec le mécanisme réel.. C'est alors les questions qu'on peut se poser, la vérité est-elle accessible ? Le monde est-il fait pour être relatif ? Qui a introduit cette notion de relativité ? Pourquoi ? Et surtout, alors, pourquoi la recherche-t-on ? Autant de questions qui mettent l'eau à la bouche, dont les réponses sont nombreuses et variées. Dans un premier temps, nous allons voir l'allégorie, puis je me lancerai dans une explication sans fin qui ne sera pas complète, certainement pas entièrement vraie, mais qui aura le mérite de vous faire penser, et je l'espère de vous faire aimer la philosophie. Et oui, un philosophe, ce n'est pas un vieux, assis derrière son bureau à réfléchir, perdu dans ses pensées et dans ses livres, mais une personne qui a trouvé une question et qui essaye de comprendre pourquoi c'est ainsi. Etre philosophe, c'est être un explorateur, et je compte vous montrer la façon de penser du second philosophe de notre Histoire : Platon.
Texte pris sur le site : http://www.webphilo.com/textes/voir.php?numero=453061386 Eh bien, après cela, dis-je, représente-toi ainsi la manière dont est affectée notre nature par l'éducation et le manque d'éducation. Figure-toi donc les hommes comme dans une demeure souterraine en forme de caverne, la caverne ayant l'entrée ouverte à la lumière sur toute sa longueur, dans laquelle ils sont depuis l'enfance, les jambes et le cou dans des chaînes pour qu'ils restent en place et [514b] voient seulement devant eux, incapables donc de tourner la tête du fait des chaînes ; et encore la lumière sur eux, venant d'en haut et de loin, d'un feu brûlant derrière eux ; et encore, entre le feu et les enchaînés, une route sur la hauteur, le long de laquelle figure-toi qu'est construit un mur, semblable aux palissades placées devant les hommes par les faiseurs de prodiges, par-dessus lesquels ils font voir leurs prodiges.
Je vois, dit-il.
Eh bien vois maintenant le long de ce mur des hommes portant [514c] en outre des ustensiles de toutes sortes dépassant du mur, ainsi que des statues d'hommes [515a] et d'autres animaux de pierre et de bois et des ouvrages variés ; comme il se doit, certains des porteurs font entendre des sons tandis que d'autres sont silencieux.
Étrange, dit-il, l'image que tu décris, et étranges enchaînés !
Semblables à nous, repris-je ; ceux-ci en effet, pour commencer, d'eux-mêmes et les uns des autres, penses-tu qu'ils aient pu voir autre chose que les ombres projetées par le feu sur la partie de la caverne qui leur fait face ?
Comment donc, dit-il, s'il est vrai qu'ils sont contraints de garder la tête immobile [515b] toute leur vie ?
Et qu'en est-il des objets transportés ? N'en est-il pas pour eux ainsi ?
Quoi donc ?
Eh bien ! sans doute, s'ils étaient capables de dialoguer entre eux, ne crois-tu pas qu'à cause de cela, ils prendraient pour les êtres proprement dits cela même qu'ils voient ?
Nécessairement. Et quoi encore si de plus la prison produisait un écho en provenance de la partie leur faisant face ? Chaque fois qu'un des passants ferait entendre un son, penses-tu qu'ils pourraient croire que le son entendu vient d'ailleurs que de l'ombre qui passe ?
Par Zeus, certes non !
[515c] Très certainement, repris-je, ceux-là ne pourraient penser que le vrai est autre chose que les ombres des objets confectionnés.
De toute nécessité, dit-il.
Examine maintenant, repris-je, leur délivrance et leur guérison des chaines et de l'ignorance : qu'en serait-il, si par nature il leur arrivait ce que voici ? Pour peu que l'un d'entre eux soit délivré et contraint subitement à se lever et aussi à tourner le cou et à marcher et à lever les yeux vers la lumière, et qu'alors même qu'il fait cela, il éprouve de la douleur et soit en outre incapable, du fait des scintillements de la lumière, de contempler ce dont [515d] auparavant il voyait les ombres, que penses-tu qu'il dirait si quelqu'un lui disait qu'auparavant il voyait des balivernes alors que maintenant, un peu plus proche de ce qui est et tourné vers des choses qui ont plus d'existence, il voit plus juste, et si de plus, lui montrant chacune des choses qui passent devant lui, on le contraignait en le questionnant à répondre en disant ce que c'est ? Ne penses-tu pas qu'il serait dans l'embarras et qu'il croirait les choses qu'il voyait auparavant plus vraies que celles qu'on lui montre maintenant ?
Et même de beaucoup ! dit-il.
[515e] Et si donc en outre on le contraignait à regarder vers la lumière elle-même, que ses yeux lui feraient mal et qu'il se déroberait en se retournant vers ce qu'il est capable de contempler, et qu'il prendrait cela pour réellement plus clair que ce qu'on lui montre ?
C'est ça, dit-il.
Si alors, repris-je, quelqu'un le tirait de là de force à travers la montée rocailleuse et escarpée, et ne le lâchait pas avant de l'avoir tiré dehors à la lumière du soleil, est-ce qu'il ne s'affligerait pas [516a] et ne s'indignerait pas d'être violenté, et, quand il serait arrivé à la lumière, ayant les yeux pleins de l'éclat du soleil, ne pourrait rien voir de ce que nous appelons maintenant vrai ?
Probablement pas, dit-il, du moins pas tout de suite.
C'est donc l'habitude, je pense, qu'il lui faudrait pour en arriver à voir éventuellement les choses d'en haut. Et tout d'abord ce sont sans doute les ombres qu'il contemplerait le plus facilement, puis après cela les images dans l'eau des hommes et des autres chose, puis enfin cela même ; à partir de là, ce qui est dans le ciel et le ciel lui-même, il pourrait les observer, plus facilement sans doute de nuit, regardant en face la [516b] lumière des astres et de la lune, que de jour le soleil et celle du soleil.
Comment donc en serait-il autrement ?
A la fin certes, je pense, c'est le soleil, non pas ses images sans consistance dans l'eau ou en quelque autre place, mais lui-même tel qu'en lui-même dans son espace propre, qu'il pourrait contempler et examiner tel qu'il est.
Nécessairement, dit-il.
Et après cela, il en conclurait bientôt à son sujet que c'est lui qui produit les saisons et les années et qu'il gouverne tout [516c] ce qui est dans le domaine visible, et de tout ce qu'eux-mêmes voyaient en quelque sorte cause.
C'est évident, dit-il, qu'après cela, il en viendrait à ces conclusions !
Et quoi encore ? Se ressouvenant de sa première demeure et de la sagesse de là-bas et de ses compagnons de chaînes d'alors, ne penses-tu pas que, pour lui, il serait heureux du changement et qu'eux par contre, il les prendrait en pitié ?
Tout à fait !
Et puis, les marques d'honneur et les louanges, si certaines avaient cours alors entre eux, et les prérogatives accordées au plus pénétrant dans l'examen de ce qui défilait, et se souvenant le mieux de ce qui avait coutume de passer en premier, ou en dernier, [516d] ou ensemble, et donc pour cela le plus capable de prédire ce qui allait arriver, crois-tu qu'il en aurait encore le désir et qu'il envierait ceux d'entre eux qui étaient honorés et investis du pouvoir, ou qu'il éprouverait le même sentiment que dans Homère et préfèrerait mille fois "être un cultivateur au service d'un autre homme sans ressources" et souffrirait n'importe quoi plutôt que cette manière de penser et cette vie là ?
[516e] C'est ça, dit-il, je le pense moi aussi : tout souffrir plutôt que de se résigner à cette vie-là !
Et maintenant, réfléchis à ceci, repris-je. Si celui-ci redescendait pour reprendre sa place sur son siège, est-ce qu'il n'aurait pas les yeux souillés par les ténèbres, venant tout à coup du soleil ?
Tout à fait certes, dit-il.
Et alors ces ombres, si de nouveau il lui fallait lutter ardemment dans ses opinions sur elles avec ceux qui ont toujours été enchaînés, au moment où il a la vue faible, [517a] avant que ses yeux ne soient rétablis - et le temps de se réhabituer ne serait pas bref, tant s'en faut ! - ne prêterait-il pas à rire et ne dirait-on pas de lui que, pour être monté là-haut, il en revient les yeux endommagés, et que ça ne vaut vraiment pas la peine d'essayer d'aller là-haut ? Et celui qui entreprendrait de les délivrer et de les faire monter, si tant est qu'ils puissent le tenir en leurs mains et le tuer, ne le tueraient-ils pas ?
Et comment donc ! dit-il."
Platon, République 7
La condition première est l’état dans lequel se trouve l’homme quand il naît. Il est dans l’illusion, l’ignorance de l’ignorance, dépendant d’un déterminisme qu’il ne distingue pas. Ainsi selon Platon cette condition première est nécessaire à l’Homme, mais peut-être traversée grâce à une rupture, lorsque l’Homme se rend compte qu’il ne sait rien, lorsqu’il s’aperçoit de l’illusion dans laquelle il baigne. Par conséquent, cette condition d’ignorance est partagée par tous les êtres doués de raison. Les animaux ne sont donc pas dans la caverne car bien qu’ils soient directement reliés à leurs corps, ils n’ont pas de jugement d’opinion ou de valeur. Cette absence de conscience fait qu’ils ne peuvent imaginer un autre monde. Ils ne partagent donc pas cette condition première, ils ne sont pas emprisonnés. C’est sur cette image que Platon va se baser pour construire le mythe de la caverne. Dans son allégorie, la caverne représente le monde sensible, où le corps et les apparences sont ceux qui dictent la vie. Le prisonnier est alors l’Homme enfermé par son corps selon Platon. On en revient à sa citation : « Le corps est le tombeau de l’âme ». Le prisonnier dans sa caverne est donc l’Homme enfermé, alors que le prisonnier libre est celui qui a brisé l’illusion. Cependant cette condition première peut être remise en cause grâce à l’action d’un libérateur. Sans intervention, l’Homme est condamné à vivre dans la caverne car il lui est par lui-même impossible de se rendre compte de l’illusion. Ainsi, on distingue clairement chez Platon l’existence de la caverne donc du monde sensible et d’un autre monde, intelligible, celui des Idées, le monde Réel. Platon pose alors une représentation du monde divisé en deux. C’est le dualisme platonicien. Cette division fait de Platon un idéaliste car il croit en un monde des Idées, mais aussi un réaliste car pour lui ce monde est réel et accessible grâce à une éducation philosophique. Platon défini alors le but de la vie. Pour lui, vivre, c’est atteindre ce monde de l’âme. Selon Platon, il faut séparer l’âme et le corps. Le corps représente notre existence sensible et notre enveloppe de l’âme. Vivre ce n’est donc plus ne s’occuper que de son corps, mais aussi de son esprit pour faire vivre l’âme qui nous habite. Et pour la faire vivre, il faut lui faire atteindre ce monde des Idées, pour qu’elle revienne à son activité essentielle, son activité par excellence dictée par sa nature. Cette activité, c’est contempler les principes premiers. Vivre ce n’est donc pas réussir sa vie matériellement, mais idéologiquement. Ainsi, cette éducation qui vise à atteindre le monde des Idées est problématique. Elle est périlleuse car le prisonnier n’est pas conscient de sa position d’ignorance. Pour briser l’illusion, le philosophe va donc devoir passer par-dessus le prisonnier lui-même qui ne veut pas y croire. Ainsi, le prisonnier est encore plus emprisonné, il est même le gardien de sa condition. Le prisonnier possède d’autres chaînes, comme le mythe, le cosmos antique, l’opinion, l’éristique et la rhétorique… Ces chaînes lui sont nécessaires car elles lui permettent de découvrir le monde, de l’explorer, mais il ne faut pas y rester enfermé. L’Homme peut ainsi développer une mythologie, des représentations, des idées et un jugement, mais aussi un certain pouvoir. Or ces différentes natures ne permettent pas à l’Homme de s’épanouir pleinement et même au contraire, contribuent à l’ensevelir. C’est le fait de pousser ces valeurs jusqu’à leurs paroxysme qui va emprisonner l’Homme à double tour. En effet, l’Homme va pouvoir tirer de son expérience des valeurs relatives. Cependant, l’Homme ne va pas s’arrêter à une représentation relative et va la croire universelle ou au mieux générale. Or la somme des vérités relatives peut, au mieux, aboutir à une vérité générale. C’est la confusion de ces termes qui va ajouter de nouvelles chaînes aux prisonniers. Mais certains Hommes, ont réussi à voir plus loin que ces représentations sensibles, à se libérer de leurs chaînes. Parmi eux se trouvent les philosophes et les sophistes. Les philosophes seuls aident à la libération des prisonniers alors que les sophistes auraient la possibilité de les aider mais ne le font pas. Pourtant, ils ont conscience de l’emprisonnement qui régit la condition humaine. La grande différence entre un sophiste et un philosophe est leur conception de la vie. Les philosophes croient en un devenir pour l’Homme. Un devenir qui passe par un chemin difficile sur la voie de l’esprit critique alors que les sophistes sont sceptiques, pour eux, la vie n’a pas de sens. Ainsi, ils vont décider de créer des institutions pour instruire l’Homme et non pas l’éduquer. Pour eux, l’avenir n’étant pas possible, ils vont tenter d’amener l’Homme à vivre le mieux possible dans le monde sensible. Donc, ce sont eux qui sont les marionnettistes. Dans le mythe, Platon les représente comme des êtres vils, alors que les sophistes croient faire pour le mieux. On distingue bien leur place derrière le mur. Ils sont donc toujours dans la caverne, mais ont réussi à s’élever un peu plus, de façon à voir la caverne presque dans son ensemble. Les marionnettes sont donc des objets pour divertir les esprits des Hommes. Ces objets sont fabriqués par les sophistes. Ils représentent soit des choses soit des valeurs que les sophistes veulent transmettre aux Hommes pour les faire vivre en paix. Les ombres sont les représentations sensuelles des marionnettes, donc une vision encore plus incomplète qui ne satisfait pas pleinement l’Homme même dans sa condition première. Et pourtant l’Homme prisonnier les assimile comme une réalité. Le mur est, pour le prisonnier, le monde réel. Ainsi, il baigne dans de nouvelles valeurs relatives comme le courage, le mérite la réussite financière… Ces valeurs dictent des règles de conduite et instaurent même une hiérarchie au sein des individus. Ceux qui en témoignent le mieux sont récompensés. Le but est de pousser les Hommes à les respecter. Toute cette mise en scène représente donc le monde idéal imaginé par les sophistes pour qui l’absolu ne peut être atteint, donc rien ne vaut la peine de le chercher, mieux vaut vivre le mieux possible. Pour pouvoir projeter ces ombres sur le mur, comme dit précédemment, les sophistes ont dû prendre du recul. Cette situation se voit aussi clairement dans l’allégorie où ils sont derrière un petit mur. Ce petit mur représente une première connaissance. Les sophistes ne sont pas comme les prisonniers, puisqu’ils sont conscients de l’illusion, ils savent qu’ils ignorent, mais ils pensent qu’ils ne pourront jamais savoir. C’est ce qui les différencie des philosophes et qui fait qu’ils sont encore au fond de la caverne. De même, la vérité absolue ne pouvant être atteinte, il faut l’inventer, elle devient alors un produit de notre expérience et donc de nos sens. Or les sensations étant relatives, la vérité ne peut être que relative. D’où leur formule : « À chacun sa vérité. ». Il revient donc au philosophe de libérer les prisonniers. C’est ce que met en scène Platon dans le mythe de la caverne. Il montre une libération du prisonnier car c’est à ce moment qu’il y a le plus de réactions. Ces réactions peuvent être comprises de tous et par conséquent nous montrent notre état d’illusion. De plus, la libération du prisonnier lui permet d’introduire ses deux mondes dans une suite logique. La thèse de Platon est alors de dénoncer l’instruction sophiste qui ne lui semble pas suffisante pour se retirer des fluctuations apparentes. Ainsi, selon Platon, la vie de la cité ne peut être dirigée que par un philosophe qui voit plus loin que l’intérêt particulier ou des valeurs générales. Cependant, il sait bien que libérer un prisonnier prend du temps, il faut briser l’illusion puis le guider peu à peu pour qu’il découvre le monde réel. Il compte donc former une élite, composé de quelques prisonniers libérés. L’égalité ne semble pas être un concept contemporain de Platon. Pour libérer les prisonniers, Platon définit le dialogue. La maïeutique selon les termes de Socrate signifie : « faire accoucher des esprits. ». Cette technique est en fait une suite de questions/réponses que le philosophe met en place avec le prisonnier. Le philosophe ne doit pas laisser filtrer ce qu’il pense, c’est au prisonnier de répondre. Tout d’abord, le prisonnier se croit en position de supériorité face au philosophe qui connait l’illusion. En l’interrogeant sur des principes, le prisonnier va peu à peu avoir du mal à répondre. Ainsi, le philosophe lui fait comprendre l’illusion dans laquelle il baigne. Suite à cette découverte, le prisonnier se rattache à ses idées durement conquises, et c’est encore à la suite d’un questionnement que le philosophe lui fait découvrir qu’il possède déjà en lui les vraies réponses. Ainsi, on peut brosser un nouveau portrait du prisonnier. L’Homme emprisonné est celui qui ne doute pas. Mais selon Platon et sa théorie de la réminiscence, le prisonnier a en lui toutes les réponses qu’il cherche, donc, le philosophe, finalement, ne lui apprend rien, il lui montre juste, ses faiblesses et tente de stimuler la recherche. Ainsi, le philosophe convertit, c'est-à-dire fait détourner du sensible vers l’intelligible, provoque un changement radical de pensée, alors que le sophiste divertit, en ancrant l’Homme dans le sensible, en le détournant des axes de pensée, en lui fournissant une activité aliénante. Dans la caverne, nous avons vu les marionnettistes, les ombres, les prisonniers, le libérateur, le muret, mais il reste encore un élément non analysé : le feu. Le feu semble être la source de toute cette illusion. Sans le feu, le mur de projection serait vide, et les Hommes, aveugles, dans le noir. Le feu serait donc non seulement la source de l’illusion, mais aussi la source de la vie. Cependant, on peut aussi évoquer l’aspect artificiel et son champ plus restreint en comparaison avec le soleil. Le soleil éclaire le monde alors que le feu en cache une partie. Ainsi, le soleil serait donc une Idée englobant celle du feu, une Idée universelle. Le lien avec la mythologie apparait donc de façon évidente. Le feu apporté par Prométhée est le début des hommes. Avant ils n’existaient pas, ou simplement de façon bestiale. C’est la connaissance technique qui a permis le développement de l’esprit, tout comme dans l’Histoire où le feu a permis l’évolution de l’Homme. Cependant, il existe une autre source de lumière dans la caverne, la porte qui mène vers le monde réel, éclairé par le soleil. Cette sortie représente la liaison entre les deux mondes. C’est la dialectique de l’âme, son départ du sensible vers l’intelligible. Pour sortir de la caverne, l’âme doit rentrer en elle-même. Cette démarche est lente et difficile. Il faut accoutumer l’âme lors de son voyage à ne plus percevoir par ses sens, à ne plus se rattacher au sensible car celui-ci disparaît au fur et à mesure de sa progression. Le sensible disparaît, donc les objets cessent d’être relatifs, et deviennent de plus en plus généraux. Cette difficulté est représentée par le temps que met le prisonnier à pouvoir regarder la lumière en face après avoir vécu dans l’obscurité. Dans la caverne, l’Homme était préoccupé par son intérêt, il tentait alors de s’approprier, ou la richesse ou le pouvoir. Après, l’âme est revenue à son activité essentielle, contempler les Idées. Une activité totalement dépourvue d’intérêt, donc, l’Homme en progressant dans le couloir a fait changer sa façon de penser et de voir. Avant, il sentait, après il percevait. Le verbe sentir implique une sensation et donc un besoin relié au corps, l’âme reçoit les signaux du corps, alors que le verbe percevoir implique des liaisons sans l’aide des sens. Avant, les rapports entre les objets apparaissaient de façon claire, des rapports sensuels, dans le monde des Idées, c’est à L’Homme de faire des rapports de causalité entre les Idées. Le monde des Idées est donc un monde intelligible où les formes sont purement abstraites. Ces formes sont universelles, absolues. On peut citer la justice, ou encore la liberté. La justice universelle est un concept qui regroupe toutes les justices générales. Ainsi, la loi du Talion, de la vengeance ou de l’équité se retrouvent liée dans une seule et même Idée. On ne distingue donc plus une différence de degrés entre les valeurs de la caverne et celle du réel, mais une différence de nature. Du sensible à l’intelligible, du général à l’universel. Le général n’est qu’une valeur bonne pour un groupe de personne majoritaire, alors que l’universel répond à tous les Hommes sans exception. Cette distinction et l’apparition des concepts premiers lui arrivent pendant son ascension et son accoutumance. Cependant, l’âme fait partie intégrante du corps et par conséquent, pour survivre, le corps a des besoins qu’il ne peut accomplir que dans le monde sensible. Ainsi, le prisonnier est obligé de redescendre dans la caverne. Cependant, cette découverte va le mener à raconter ce qu’il a vu, et donc à révéler ses conclusions. Le prisonnier, alors philosophe, ne peut plus percevoir le monde comme avant. Il connaît les valeurs universelles et ne pense plus comme avant. Il a brisé l’illusion et a appris à connaître les concepts. Sa vie passée ne peut donc être retrouvée et il ne veut pas retomber dans la prison après avoir connu la liberté. Son plus grand obstacle sera les autres prisonniers. Une fois sorti, le prisonnier n’envie plus les autres, et cette sensation est réciproque. Cependant, les autres prisonniers ne connaissent pas l’illusion, c’est pourquoi, dans le mythe, le prisonnier libéré est tué car il dit ce que les autres ne veulent pas entendre, il leur révèle brutalement leur condition. Sans aller jusqu’à la mort, on peut imaginer sans difficulté que le prisonnier doit être perçu comme une personne inapte à la vie, un handicapé, ou un marginal. Platon écrit son œuvre lors d’une période de trouble dans la cité. La guerre contre Sparte a ruiné Athènes. Ainsi, la démocratie qui était le régime politique en place tombe sous les coups du peuple rageant d’avoir perdu. Une autre classe, les aristocrates, prennent la direction de la cité pendant un court laps de temps. En effet, le parti démocratique reprend sa place assez rapidement. Selon Platon, qui a subi de nombreux échecs politiques, faire des réformes n’est pas suffisant, il faut tout refaire. Il voudrait donc changer totalement le mode de fonctionnement de la cité, car selon lui, les réformes sont des « pansements » provisoires, des moyens de guérir de façon éphémère. Toutes les idées de Platon viendraient de son maître Socrate. Socrate était un philosophe, le premier d’après Platon. Cependant, l’influence grandissante de Socrate sur les jeunes et sur la cité lui a attiré les foudres des dirigeants. Le gouvernement aristocratique, dans lequel il avait beaucoup de relations, lui permettait de s’ouvrir et de divulguer ses pensées. Cependant, lorsque la démocratie a pris la place des aristocrates, elle a condamné Socrate à mort pour des raisons religieuses et pour corruption de la jeunesse. Mais la plus importante des raisons est sans aucun doute celle qui n’est jamais mentionnée, son influence politique. Sa mort à la cigüe fut très douloureuse pour Platon. C’est pourquoi Platon a nourri une rancœur inépuisable envers la démocratie, régime responsable de la mort du plus intelligent des Hommes d’après Platon. C’est ainsi qu’il n’aura de cesse de s’attaquer à ce régime. On peut ainsi se demander comment instaurer la paix dans la cité. La réponse est très délicate mais Platon propose sa solution, expliquée dans La République. Selon lui, il faut tout refaire sur des bases nouvelles avec pour fondement le Bien de Tous. Ainsi, l’instruction ne serait pas suffisante pour permettre de diriger une cité. Il prône alors un roi Philosophe, qui aurait donc suivie une éducation philosophique qui ferait de lui un Homme détaché de l’intérêt, connaissant l’universel. Ce roi serait donc à même de faire régner l’ordre dans la cité, de mêler liberté et sécurité, de dépasser les contradictions apparentes grâce à des lois. Platon est donc contre la démocratie où la foule ignorante est au pouvoir, la timocratie où l’appât des honneurs fait office de loi et la tyrannie dans laquelle l’avenir d’un peuple est contenu dans la volonté d’un seul. Platon développe par conséquent sa thèse d’une monarchie.
Après ce texte lourd et difficile à lire, j'espère que vous aurez compris les enjeux. La philosophie, ce n'est pas une matière qu'on aime ou qu'on aime pas, c'est un moyen de penser qui nous ouvre au monde et à ses problèmes, qui nous pousse à réfléchir plus loin que par nos intérêts personnels qui dicte ce monde. Ce n'est pas un hasard si une crise boursière traverse de temps en temps le pays. Le fait d'être dicté par l'appât du gain ne peut mener qu'à la création d'un complexe solitaire où toute vie en société est impossible. Voyez la date de ce texte, voyez comme il est actuel. Mais qui croirait un philosophe, ces personnes démunies qui ne vivent plus dans le monde que les êtres humains et qui ont l'audace de proposer des solutions ? Le problème est là, il est actuel et plus que jamais préoccupant. Je vous laisse réfléchir.
@ très bientôt je l'espère.